Klong Toey, à la rencontre des habitants du plus grand bidonville de Bangkok

Klong Toey, à la rencontre des habitants du plus grand bidonville de Bangkok
Klong Toey - Bangkok

Ça fait non seulement un titre un peu long, mais quelque part un peu « racoleur ». Pourquoi ? Parce que je connais la tendance qui voudrait qu’on considère ce genre de « tourisme » comme du voyeurisme où le voyageur/touriste vient voir la « pauvreté » de plus près.

Qu’à cela ne tienne, ce n’est certainement pas dans cet esprit que je m’y rendais, et je pense que si vous êtes un lecteur régulier, vous savez bien que ce n’est pas mon style.

Non, la raison première de cette visite, c’est que j’y allais avec une amie de passage, qui voulait faire une sortie photo dans Bangkok, de préférence dans un quartier où l’on peut observer une vie locale active et y faire des portraits.

Klong Toei - Bangkok

Bienvenue à Klong Toey !

Klong Toei - Bangkok

Une séance selfie au passage !

Pour moi, Klong Toey s’y prêtait bien, mais oui, il s’agit du quartier avec le plus grand bidonville de Bangkok.

Quelques fait sur Klong Toey

« Klong » fait référence au canal longeant le bidonville (et l’autoroute qui le jouxte), Toey est le nom donné au Padan ‘prononcé teuille), une espèce de plantes qui pousse ici le long du canal.

Le bidonville daterait d’il y a au moins 50 ans, une grande majorité provenant des provinces du nord-est de la Thailande (l’Issan) et s’étant installé là lors de la construction du port pour travailler en tant qu’ouvrier sur le chantier.

Klong Toei - Bangkok

Vendeuse de ticket de loterie.

Klong Toei - Bangkok

Préparation du poisson.

Klong Toei - Bangkok

Un monsieur avec son poulet.

La plupart aujourd’hui travaillent au marché de Klong Toey non loin de là, sont moto taxi ou méchano.

Aujourd’hui, on estime à 80 000 sa population. Qui dit bidonville, dit difficultés quotidienne comme électricité et eau courante pas forcément de mise. Mais les conditions sont meilleures qu’elles ne l’ont été auparavant, des associations, locales ou pas, faisant plusieurs actions au quotidien pour améliorer la vie de ses habitants.

Ce paragraphe a été rédigé à l’aide de cepower point, résumant les besoins et des faits sur le bidonville : http://fr.slideshare.net/yukak/klong-toey-slum-ppnt

Mais, un bidonville, n’est-ce pas dangereux ?

Il est vrai qu’on associe généralement « pauvreté/bidonville » avec endroit peu fréquentable… Mais ici à Bangkok, on est loin des favelas et autres endroits où il vaut mieux ne pas s’y rendre sans un local ou même ne pas s’y rendre tout court.

Klong Toey est finalement comme n’importe quel endroit de Bangkok où l’on retrouve ses communautés composées de la classe ouvrière, vivant en famille. Souvent au bord des klongs, les fameux canaux de la ville qui comptent tout de même 1 million d’habitants en cumulant (mais ne sont pas tous forcément pauvres), ces communautés forment comme de véritable petit village, avec un gérant, son école, etc.

Ici, c’était principalement des sourires qu’on croisait, on n’est pas au pays du sourire pour rien. C’était aussi bien évidemment des regards curieux, mais jamais gêné ou gênant. Les enfants étaient ravis pour certains de croiser notre passage et c’était l’occasion de jouer quelques minutes avec ses enfants qui vivent dehors la plupart du temps.

Un autre visage de Bangkok

Ceux qui cherchent à rencontrer les habitants et veulent voir Bangkok différemment, c’est le genre d’endroit idéal. Ce n’est certainement pas le seul et je ne manquerai pas de présenter d’autres communautés.

C’est justement l’occasion éventuel de voir ses communautés qui tendent à disparaître, car la ville de Bangkok, dans un esprit de modernisation cherche à « nettoyer » ce genre de zone, comme si cacher/déplacer la pauvreté était une solution. Qu’on se le dise, ça part d’un bon sentiment, réorganiser la ville, ajouter des parcs, etc. c’est bien; mais à trop vouloir faire cela enlève du charme à la ville.

Ce serait le cas par exemple au Fort Mahakan, directement concerné par ce genre d’initiative, la communauté, qui comprend notamment des maisons construites il y a 200 ans, pourrait faire place à un jardin public…

Klong Toei - Bangkok

Mais quid de ces gens qui vivent là ? Les habitants le disent très bien eux même, les étrangers (car il s’agit ici du quartier touristique, vitrine de Bangkok) n’ont pas forcément besoin d’avoir un nouveau parc et des espaces pour siroter des cafés mais préféreraient plutôt simplement voir le « vrai » Bangkok et y rencontrer ses habitants, leur mode de vie.

Bangkok n’a pas vocation à devenir la nouvelle Singapour.

Des gens, une histoire

Bien sûr, peu de personnes ici parlent anglais, mais parlant un minimum le Thai, je pouvais donc converser un peu avec les locaux, parce que prendre des photos c’est bien, mais faire un peu connaissance, c’est mieux.

Klong Toei - Bangkok

Klong Toei - Bangkok

Outre les nombreux enfants, excités et content de passer quelques minutes à jouer au ballon avec nous, j’y rencontrais ce vieux monsieur, qui sous son sourire cache un homme malade, qui accepte quelque part son destin tout tracé, faute de soins.

Un peu plus loin, ces dames d’un certain âge, nous montrant d’un coup ce que leur chien « savant » sait faire, tandis que je faire rire comme pas possible l’une d’elles en voulant la prendre en photo.

Celle-ci s’étonnait que je voulusse (subjonctif imparfait power !) faire un portrait d’elle, ne se considérant pas comme « attrayante », lui répondant du tac au tac, toutes les femmes sont belles… Question d’estime de soi !

Plus loin, c’est une mamie qui prépare sa spécialité pour aller la vendre, tandis que sa fille jette un œil curieux par la fenêtre (la même qui fera un selfie).

Klong Toei - Bangkok

Malade mais garde le sourire.

Klong Toei - Bangkok

Le chien « savant ».

Klong Toei - Bangkok

Klong Toei - Bangkok

Telle mère…

Klong Toei - Bangkok

…telle fille !

Klong Toey, le plus grand marché de Bangkok

Klong Toey n’est pas aussi qu’une zone pauvre, c’est là que se trouve le plus grand marché de Bangkok, parfois surnommé « wet market » ou marché mouillé en bon français, car le sol est effectivement toujours humidifié par la glace fondante amené tout le long de la journée pour garder les viandes et poissons (entre autres) frais.

L’une des raisons de cet emplacement étant la proximité avec la rivière et le port de Bangkok. C’est aussi non loin de là que je prends le bateau pour me rendre vers Bang Kachao, aussi appelé poumon vert de Bangkok et qui est un endroit idéal pour une balade en vélo au calme, pour ceux que cela intéresse, j’en parle dans cet article.

Comment se rendre à Klong Toey ?

Plusieurs possibilités, si vous comptez vous rendre vers le bidonville d’abord, alors rendez-vous au BTS Ekkamai, de là, soit vous marchez les uns peu plus de 2 km à pied soit vous prenez un moto-taxi. Si vous voulez voir le marché d’abord, au choix, vous pouvez descendre à la station de métro (MRT) Queen Sirikit Convention Centre ou Klong Toey, dans les 2 cas il y a environ 600 m.

La distance entre le marché et le bidonville est d’environ 2 km. Ce qui, sur une carte, donne à peu près ceci en résumé :

Lorsque je découvrais la Thailande en 2006, je ne m'attendais certainement pas à y poser mes valises 2 ans plus tard ! Depuis je voyage régulièrement à travers toute l'Asie. Je partage, photos, conseils et récits de la vie d'expatrié en Thailande et sur les pays d'Asie, pour ceux qui serait tenter par l'aventure de l'expatriation, ceux qui rêvent d'Asie et ceux qui veulent rêver tout court.

6 Avis

  1. Tahri ll y a 9 mois

    Bonjour Romain
    Merci pour tout ces conseils.
    Nous partonsen famille ,a 3 en Thailande du 15/7 au 01/08 inclus
    Je lis++++ les differents echanges questions/reponses et cela me permet de continuer a preparer notre Circuit.
    Heureuse de lire vos conseils
    Fella

  2. Mathis ll y a 8 mois

    Romain, de tous tes articles, c’est probablement l’un de mes préférés, si ce n’est mon préféré.

    Je me suis posé deux questions en lisant ton article, l’une pratique, l’autre purement informative :

    1. Comment t’y prends-tu pour faire des photos portraits aussi magnifiques ? Demandes-tu toujours avant de faire la photo ? ou bien après ? Et dans tous les cas, quelle approche as-tu avec les locaux ? J’ai beau parler la langue, j’avoue que je me sens souvent un peu confus à l’idée de demander aux gens de leur tirer le portrait.

    2. Les gamines de la galerie photo sous « Un autre visage de Bangkok », sont-elles toutes Thaïs ? elles ont des traits qui ressemblent à ceux des birmans. Est-ce un quartier multiculturel ?

    Merci et à très vite Romain 🙂 ,

    Mathis.

    • Auteur
      Romain ll y a 8 mois

      Wow, déjà que dire si ce n’est un grand merci !

      Alors pour te répondre :

      1. Je ne suis pas sûr de saisir la nuance sur le « demandes-tu pour la photo, après… », si je demande après avoir pris la photo cela n’influe pas sur la qualité du portrait déjà pris 😉
      Concrètement, cela dépend, un portrait ça se fait en général au feeling, c’est du cas par cas, parfois, je prends à la volée, parfois, je demande juste avant et d’autres fois, je prends le temps de me poser à côté, observer, parler un peu, aussi court ce temps est en général, ça met en confiance et marque un intérêt à la personne qui peut « décoincer » une approche trop directe. Après, l’oeil du photographe fait le reste 😉

      2. Vu les lieux, c’est probable que ce soit multi-ethnique, j’y croisais notamment un famille d’origine Indienne (même s’ils étaient Thais à part entière dans leur cas mais du coup leur facies est différent)

  3. Stéphane ll y a 2 mois

    Excellent reportage photos ; il n’y a pas que le monde de la paillette, temple, bar, etc…. il y a aussi la simplicité voir la pauvreté en Thaïlande . Dans les bidonvilles, souvent on retrouve une authenticité du peuple, car le monde de la consommation n’a pas pu les influencer.
    En plus, cela peut permettre de faire de belles photos qui immortalisent, qui figent ce bidonville qui un jour disparaitra pour faire le business de l’immobilier/

    Bravo, j’irai, et j’irai aussi faire un tour aussi… si tu aimes cela, contact moi en PV pour un autre endroit que je pourrai te le partager

    • Auteur
      Romain ll y a 2 mois

      Bonjour Stéphane et merci pour ton message, qui me touche d’autant que ça vient d’un photographe ! Pourquoi ne pas partager cet autre endroit avec mes lecteurs ?

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Klong Toey, à la rencontre des habitants du plus grand bidonville de Bangkok

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